Notre séjour chez les indiens Ngnobe

J’aurais aimé en parler plus tôt, mais … L’internet … encore et toujours!!!

Il faut bouger, mais où? 

Vous vous souvenez, nous étions au bord de la dépression ( manière de parler…), à David, cherchant où aller alors que partout, tout semblait complet? Et bien c’est à ce moment que nous avons rencontré un gentil couple:  Ana-Carolina (panaméenne) et Nico (français)! Connaissant très bien le Panama, ils nous ont confirmé nos perceptions: beaucoup d’endroits sont trop « organisés » et trop chers. Ils nous ont fait leurs suggestions. Ils habitent en Allemagne et étaient de passage pour voir la famille de Ana-Carolina et pour faire un reportage photos avec les indiens Ngnobe-Buglé.  C’est justement la suggestion qu’ils nous ont fait pour « vivre le vrai Panama ».

Cette rencontre a été fort agréable quoique trop courte!!!

Les indiens quoi? 

Nous avions bien vu sur la carte ce grand territoire partant du centre vers la mer des Caraibes, mais c’était comme si c’était « vide »; on en parlait nulle part.  La Comarca Ngnobe-Buglé est la plus grande réserve indienne du Panama devant la très populaire Comarca des San Blas (Destination touristique très connue).

Vous imaginez qu’Eric n’a fait ni une ni deux et nous a trouvé une famille d’accueil! Je n’étais pas rassurée à 100%: et l’eau? la nourriture? les moustiques? est-ce qu’ils sont gentils? et si on veut rentrer à David? dormirons-nous sur le plancher avec les bibittes? Bref, j’avais quelques interrogations.  J’ai décidé de faire confiance à la vie et à mon chum! Et heureusement! Évidement, je n’aurais jamais su ce que j’aurais manqué.  Depuis, j’ai toujours en tête le nom du site de nos amis anglais à vélo, citation de Forrest Gump:  » Life is like a box of chocolate »: la vie, c’est comme une boîte de chocolats: parfois tu tombes sur un mauvais chocolat à l’orange, d’autres fois sur un savoureux croquant au caramel, mais si tu n’oses pas en prendre, de peur de tomber sur le mauvais, tu manqueras aussi le meilleur… Pas fou ce Forrest!

C’est un départ

Nous partons donc de David pour Soly; il y a des bus régulièrement, ils partent quand ils sont pleins; nous attendrons donc au moins une heure assis dans le bus.  C’est un « chicken bus » (ancien bus scolaire peint et décoré) et il porte bien son nom: nous entendons les poules à l’arrière. Ai-je besoin de vous dire que nous sommes les seuls blancs?

Rencontre avec Julia

Nous arrivons en début d’après-midi. Juan Carlos, l’ami du contact d’Eric, nous attend. En fait, ils nous attend depuis hier…et toute l’avant midi d’aujourd’hui… problème de communication quelque pars! Il nous accompagne chez Julia.

Arrivés chez Julia, toute la famille nous attends. Premier contact; je l’aime déjà! Le portrait n’est pas clair: qui habite là, qui est qui,… il y a beaucoup de monde. Chose certaine, Julia est notre hôtesse avec ses 5 enfants: Luis, Yuliza, Nitzia, Cesar et le petit Marco. Ils ont tous un nom Ngnobe aussi, un peu plus compliqué que je n’ai pas réussi à retenir!

Les enfants s’amusent tout de suite. Je prends le pouls: c’est bon nous avons notre propre chambre, c’est propre, les enfants n’ont pas l’air malades, … Les toilettes sont derrière dans la forêt, mais ça va, elles sont propres. C’est bon! Mon seul hic: les fenêtres en bois: avec ma tendance clostrophobique, c’est un cauchemar…. j’anticipe déjà le moment où nous devrons fermer les volets pour la nuit, il s’agit vraiment de s’enfermer dans le noir… À suivre.

Premiers enfants blancs au village

Nous apprenons rapidement que nos enfants sont les premiers enfants blancs à visiter le village. C’est très drôle car nous sommes les touristes, mais nous sommes aussi l’attraction; c’est une drôle de situation.  Ce sera le cas tout au long de notre séjour.

J’apprendrai par la suite que les Panaméens ont plus souvent qu’autrement du mépris envers les Ngobe-Buglé. À la fin de notre séjour, Julia me dira que ce qui l’a surprise, c’est notre intégration. Elle dit que trop souvent, les gens sont racistes, elle préfère l’égalité; on est sur la même longueur d’ondes.

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Notre vie à la Comarca

Nous avons fait le lavage à la rivière. Les enfants ont beaucoup aimé! Nous nous sommes lavés à la rivière aussi, tout habillés. On comprend vite l’utilité de leur grande robe: quand Julia s’installe pour laver, elle est très confortable et bien couverte alors que j’expérimente toutes les positions pour éviter qu’on voit mes bobettes! Puis, lorsqu’elle se lave, c’est facile, la robe est ample, rien n’y paraît…. je ne pouvais en dire autant! 🙂 Ensuite, la robe sèche rapidement.

La rivière est magnifique, nous y sommes allés à tous les jours.

Selon ce que j’ai constaté, Julia est plus instruite, plus ouverte  que la majorité de ses semblables. Je veux dire qu’elle est allée à l’école et connaît bien la vie d’aujourd’hui,  même si elle ne la vit pas. Par exemple, c’était important pour elle que nous soyons ses invités et elle pensait à tout. J’étais impressionnée car je sais qu’elle s’attardait à nos besoins qui sont bien différents des leurs.  Elle ne voulait pas qu’on l’aide beaucoup et nous servait toujours en premier et à la table alors que les autres mangeaient le plus souvent assis par terre. Cela nous mettait très inconfortables et nous avons tenté de changer cela, mais sans beaucoup de succès! Je crois qu’elle s’est donné comme une façon de recevoir les visiteurs et qu’elle s’y tient.  En cours de séjour, j’ai senti que nous sommes passé du statut d’invités- clients à amis; je crois bien que si nous revenions, ce serait différent et nous arriverions à participer plus. Les enfants eux, attendaient que tout le monde soit servi pour courrir rejoindre leurs amies par terre; les enfants ont toujours une solution!!!

Une journée à Boca Husso

Julia tenait à nous amener visiter sa famille à Boca Husso, un petit village à environ 30 minutes: il n’y a pas vraiment de route, on y accède en pick-up taxi (voir photos). Encore une fois, tout le village nous attendait: qui venait voir qui, ce n’était pas évident! Ils ont tous déjà vu des blancs car ils doivent se rendre de temps en temps à David soit pour aller à l’hôpital ou pour acheter quelque chose, mais ils ne voient pas souvent de blancs chez-eux; très spécial!!!

Ils nous ont présenté leurs danses traditionnelles et nous ont initié à leur artisanat. Ils fabriquent surtout des sacs, qu’on appelle chacaras, à partir de fils qu’ils obtiennent à partir des fibres de différents arbres.  Pour faire un sac, cela m’aurait bien pris l’année!!! Nous avons bien aimé fabriquer nos mini-mini-sacs; nous reste à pratiquer!!!

Boca Husso m’est apparu comme un tout petit village vraiment pauvre. Très peu ont un travail, ils vivent comme ils peuvent … Pour chacune des activités, nous devions payer; je crois bien que c’est une façon que Julia a trouvé pour aider sa famille lorsqu’elle reçoit chez elle des touristes.  À la fin, lorsque nous avons donné l’argent, ils sont tous venus autour de Julia et elle a redistribué le tout en direct devant nos yeux.  J’ai trouvé ça beau.  Je ne sais pas, c’était spécial, on ne verrait jamais ça chez-nous.  Tout le monde a reçu quelque chose, même les enfants qui ont dansé.

Nous sommes repartis le coeur rempli de gratitude. Quelle chance nous avons. Une journée extraordinaire et unique.

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Le seul hic de notre séjour….

Vraiment, la chose la plus difficile de notre séjour a été de dormir! J’ai bien survécue aux fenêtres en bois: la première fois j’ai cru que j’allais étouffer, mais après j’ai pris sur moi et tout a bien été en autant que j’avais une lampe de poche à portée de mains (avez-vous déjà réfléchi à quel point nous ne sommes jamais dans le noir total au Québec? Moi qui trouvait qu’il faisait noir sur l’île Morris à Boisbriand!!!).  C’est autre chose qui nous réveillait…

Ce n’est pas illégal un coq qui cri à partir de minuit et demi??? L’horreur…. Suivaient les chiens qui hurlaient et à 5h30 le bus qui claxonnait en fou!!! J’imagine qu’on finirait par s’habituer!

Julia, mon amie

Merci à mon espagnol, loin d’être parfait, mais suffisant pour m’avoir permis d’échanger avec Julia.  Je me suis reconnue en elle; je pense qu’on se ressemble même si nos vies sont à l’opposée. Nous avons eu des discussions bien intéressantes sur la vie, les enfants.

J’ai trouvé drôle sa réaction quand elle m’a demandé où était notre maison. Je lui ai dit que pour l’instant, nous n’avons pas de maison. Alors, elle m’a demandé si ma mère avait une maison. Je lui ai dit que oui. Elle m’a dit:  » Alors, tu peux vivre là quand tu rentres au Canada. ».  Quand je lui ai expliqué que je pouvais passer un certain temps chez ma mère, mais pas y vivre; elle ne comprenait pas trop.  Ce paradoxe me surprendra toujours: ces gens, comme nos amis au Costa Rica, ont de petites maisons et peu d’argent, mais il y a toujours de la place et de la nourriture pour tout le monde. Et nous, avec nos grandes maisons et toutes nos bébelles; c’est chacun chez-soi, chacun ses bébelles.

Je comprends qu’il en soit ainsi: les gens travaillent fort et à la fin, ils ont le goût de se reposer, tranquilles, dans leurs affaires; nous n’y échappions pas Eric et moi.

Souvent, dans les discussions, Julia me disait :  » On est pauvres, mais on est libres. J’aime cette liberté. »

En vrac

– Les filles se sont fait de bonnes amies. Le départ a été émouvant.

– Lors de notre dernière soirée, j’ai appris que Julia se présente en politique pour aider son peuple!

– Il y avait toujours différentes personnes qui venait pour manger: elle dit que ce sont des gens qui viennent la visiter pour la connaître avant les élections. Cela lui fait plaisir de leur offrir à manger. Elle a toujours aimé partager.

– Les Ngnobe-Buglé parlent leur propre dialecte, mais ils parlent presque tous l’espagnol aussi.

– Toutes les femmes portent la robe qu’elles appellent simplement « nagua ». Il existe deux principaux modèles, c’est le col qui varie. Les robes sont décorées au col et dans le bas de la robe. Les robes sont toujours de couleurs vives ou noires et son décorées de triangles de couleurs. Les petites filles en porte dès la naissance.  Julia n’a jamais rien porté d’autre! Ces filles portent parfois d’autres types de vêtements.

– Avant, toutes les naguas étaient fabriquées à la main: tout un travail de minutie!  Maintenant, c’est le plus souvent à la machine. Mais comme elles n’ont pas d’électricité, c’est à la main qu’elles font fonctionner leurs machines, en tournant le moulin!!!

– La grand-maman, mère du mari de Julia, revenait sur la réserve après y avoir abandonné ses enfants il y a 47 ans de cela! Elle vit au Costa Rica depuis.

– Nous n’avons pas rencontré le mari de Julia car il travaille dans un autre village où il a un contrat de 6 mois pour conduire un taxi pick-up. C’est un champion de Balceria (voir photos).

– Pour l’instant, Julia couche sur le plancher avec son bébé car elle n’a pas d’argent pour des couches et il fait pipi la nuit.

– Julia va très rarement à David car c’est trop cher: 3$ pour aller et 3$ pour revenir. Alors, ils s’arrangent avec ce qu’il y a dans les « dépanneurs » du village.  Elle n’a pas d’électricité (juste un peu le soir grâce à un panneau solaire). Elle n’a donc pas de frigo.

– Au « dépanneur », il n’y avait que de petites bouteilles d’eau: finalement notre plus grosse dépense du séjour!!!;)

– Malheureusement pour Eric, nous avons rencontré très peu d’hommes et ceux que nous avons rencontrés étaient peu bavards. Je ne crois pas me tromper en disant que c’est une communauté matriarcale!

– On dit Comarca (réserve) Ngnobe-Buglé; il s’agit en fait de deux peuples au dialecte différent.  Nous étions chez les Ngnobe.

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Est-ce possible que toutes les mamans du monde, peu importe leurs conditions, leur statut social et leur réalité, aient quelque chose en commun? Je pense bien que oui et c’est extraordinaire!

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P.S. Pour une raison que j’ignore, les photos dans l’album ne sont pas en ordre…