Notre ouragan

AVANT

J’étais tranquille jusqu’à mercredi matin, au moment d’arriver à l’école et que la prof de Lilie me demande si j’étais bien prête pour l’ouragan. Comme je suis partie à rire, elle a mis son visage sérieux pour être certaine que je comprenne! J’ai compris et suis presque retournée en courrant à la maison avec les filles… puis, je me suis rappelée que les Ticos ont une petite tendance à avoir peur tout le temps…  Que c’était-il donc passé entre mardi soir et mercredi matin pour que nous soyons à risque?

C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à suivre l’actualité « tempête »…  Pas facile, il faut vraiment que tu choisisses les sources officielles sinon c’est n’importe quoi.  Et, même en suivant les sources officielles, cela change tout le temps….  Après coup, c’est une évidence: ils ne peuvent pas prévoir exactement où et quand il frappera alors… les prévisions changent d’heure en heure.  Autrement, ce serait presque trop facile… 😉

Alors que depuis le début, nous étions en état d’alerte jaune, mercredi soir, à 21h00 ils ont ajouté de nouvelles zones « rouges » dont nous faisions partie.  Je vous mentirais si je vous disais que je me suis couchée sans un petit stress… Cela sème un doute: « Tout à coup? ».  Là, ils donnaient les mesures d’urgence à suivre… Nous étions sur la fin de notre épicerie, nous n’avions pas d’allumettes, les lampes de poche étaient … introuvables…  Nous avons fait des réserves d’eau et nous sommes couchés comme ça.

Nous nous sommes réveillés, le temps était doux, la nuit n’avait pas été trop dure, l’ouragan n’avait pas encore touché terre.  Nous l’attendions vers 9h, puis 11h, … J’ai ris quand ils ont dit que c’était un ouragan Tico, un ouragan en retard!!!

Pendant tout ce temps, je recevais prière par dessus prière.  Les Ticos ont vraiment remis leur destin entre les mains de Dieu.

APRÈS

L’ouragan a touché terre à 15h, pas exactement là où il était le plus attendu.  Il a presque suivi la frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua, frappant plus fort de notre côté.  Nous étions loin de la zone touchée, mais l’alerte rouge était maintenue. puis, c’est dans la nuit de jeudi que l’œil de l’ouragan a frappé le petit village d’Upala et les environs…  Pourquoi cela ce passe toujours la nuit? C’est bien pire, tu ne peux pas voir venir l’ouragan comme ce serait le cas le jour, tu ne vois rien pour t’orienter, voir ou tu devrais aller… évidement, ils ont perdu l’électricité… C’est surtout l’eau qui a fait des dégâts, c’est plus de 10 000 personnes qui ont été touchées à des niveaux différents, plus de 5000 évacués.  Il y a 9 morts de confirmés.

Le Costa Rica après l’ouragan Otto

Nous nous sommes donc réveillés avec cette nouvelle vendredi matin.  Pour nous, le danger était passé, mais le temps n’était pas à la réjouissance… nos « voisins » n’avaient pas eu la même chance et c’était des milliers de personnes qui se retrouvaient sans rien.

Et là, il c’est passé quelque chose d’extraordinaire, tout le pays s’est uni pour venir en aide aux sinistrés.  J’étais en train de me demander ce que nous pourrions bien faire pour aider lorsque les scouts ont convoqué une réunion d’urgence de tout le mouvement pour amasser des dons pour les sinistrés.  Nous nous sommes préparés et je suis partie avec les enfants à San Ramon.

 

C’est incroyable tout ce que les gens ont donné! C’était beau à voir.  Et il n’y avait pas que le scouts: la Croix-Rouge et la ville ramassait aussi des trucs,  presque tous les commerces ont transformé leur « Viernes Negro » (Black Friday) en offrant des dons en argent pour les sinistrés ou des dons en vêtements neufs et couvertures…  Dès le vendredi soir, la ville de San Ramon a envoyé de la machinerie (camion et pelles mécaniques) et des camions remplis de dons.  J’en reviens toujours pas; les Ticos qui ne sont pas toujours vites dans leur quotidien  ont orchestré le tout d’une façon incroyable, exemplaire.  Et cela c’est continué, samedi et aujourd’hui.  Je suis vraiment touchée par la solidarité et le sentiment d’appartenance des Ticos; ils forment un tout et affrontent l’adversité comme une grande famille.

Premier ouragan a toucher terre au Costa Rica

Les Costaricains ont peut-être raison, le Costa Rica semble bénit des Dieux: de par sa position, c’est la partie nord de la Colombie qui le protège des ouragans et tempêtes tropicales qui touchent plus régulièrement le Nicaragua et ses voisins.  C’est le première fois en plus de 170 ans qu’un ouragan touchait la terre du pays.  Vous pouvez imaginer la surprise! Le Président Solís a très bien géré la crise (je me demande quand il a dormi… il était partout!) et les Costaricains le louangent depuis; il a bien jouer son rôle de père de famille!

Consignes de sécurité surprenantes

Il y a des consignes de sécurité qui vont de soit: avoir des lampes de poches prêtes, des piles, des allumettes, des vêtements chauds, des réserves d’eau. Se tenir loin des arbres et des fils électriques, rester en famille, ne pas sortir. Il y a une consigne qui m’a surprise: faire attention aux crocodiles et aux serpents!!! Évidement, dans les régions inondées, c’est une réalité dont il faut tenir compte! Comme si ce n’était pas assez, il n’y a pas que l’eau qui sort de son lit… les crocos aussi!

Thanksgiving!

C’était lendemain d’action de grâce aux États-Unis, ici, nous étions vraiment en état de grâce, remerciant la vie de la chance que nous avons et unissant nos pensées et nos gestes pour venir en aide aux plus touchés.  C’est la vie dans toute sa pureté, dans toute sa force et sa vulnérabilité.  Chacun de nous sommes presque invisible sur la grande photo du monde entier, mais ensemble, on peut accomplir des miracles.  Je me radote, mais j’ai beau le tourner de tous les côtés, je termine toujours avec la même conclusion: il n’y a que l’amour. Si l’amour primait tout le temps et dirigeait les gestes de chacun, le monde serait un vrai petit paradis.  Faut pas attendre d’être dans la misère pour se serrer les coudes et s’entraider, il faut être là pour l’autre qui sera là aussi pour nous!

Merci la vie!